Les bases du Camouflage

Des techniques de chasse ancestrales inspirées par la Nature aux motifs ultras modernes générées par ordinateurs, en passant par les premiers motifs militaires conçus lors de la Première Guerre Mondiale, le camouflage est une pratique en constante évolution.

Pour le survivaliste, savoir efficacement se camoufler est un savoir-faire à maîtriser dans l’optique de prélever du gibier ou de se soustraire aux yeux et aux coups ennemis. Nous pourrions faire le lien avec le concept actuel « d’Homme Gris », qui au delà de parler de dissimulation dans la nature, parle de se fondre dans la population, mais nous nous concentrerons aujourd’hui principalement sur le camouflage en lui même. Ce sujet étant bien plus vaste que simplement parler chiffons et déguisements de buisson, nous aborderons dans cet article une première base théorique.

Technique & Théorie

Le FFOMECBLOT

Que ce soit en milieu naturel ou urbain, un premier acronyme mnémotechnique développé par l’armée française résume les différents points à prendre en compte et/ou à supprimer pour se camoufler efficacement : « FFOMECBLOT ». Les plus anciens d’entre nous auront sûrement appris une version plus courte lors de leur service militaire, cet acronyme ayant sans doute été enrichi plusieurs fois :

-Fond :

Avant même d’essayer de disparaître dans le décor, il est important d’analyser minutieusement son environnement et d’en observer les détails. Couleurs dominantes, végétaux présents, lumière, bruits… En milieu urbain on pourra également évaluer l’ambiance, pour s’y adapter au mieux.

-Forme :

Dans la nature, il est important de briser la forme de l’objet ou de la personne à dissimuler. Un humain est facilement décelable par la forme caractéristique que forment ses épaules et sa tête, tout comme par son visage que notre cerveau sait reconnaître au premier coup d’œil. La silhouette humaine est aisément brisable en prenant une position non reconnaissable car non habituelle, réduite au minimum, en se plaquant au sol et en se mêlant aux éléments pour mimer un vulgaire tas indescriptible. On pourra « casser » le triangle tête-épaules à l’aide d’un filet de camouflage, d’une tenue 3D, ou autres.

Timelapse montrant l’importance de casser les formes humaines, d’utiliser un motif adapté et de cacher sa peau.

-Ombre :

On profitera de l’ombre et de l’obscurité pour se dissimuler, voire de la nuit pour agir. Évidement, essayer de se cacher en pleine lumière sera souvent vain. On fera également attention à notre propre ombre et à sa projection sur le décor.

-Mouvement :

L’œil humain étant ce qu’il est, vous serez très rapidement détecté au moindre mouvement, même avec la meilleure tenue de camouflage. Dans une foule, un individu à un rythme différent des autres sera également remarqué, par exemple s’il court quand tout le monde marche.

-Éclat :

On parle ici d’un éclat lumineux, le moindre petit reflet sur votre équipement pouvant attirer l’attention, et de très loin : pensez à l’exemple des minuscules miroirs de signalisation pour se signaler aux secours… Attention au éléments métalliques, verres de montre, jumelles, lunettes, optiques de tir… Vérifiez armes et matériel en les testant au soleil.

En société, on peut faire le lien avec les coups d’éclats, les éclats de rire, etc : « briller », se faire remarquer ou être mis en avant nous distingue du groupe.

-Couleur :

Souvent le premier domaine auquel on pense lorsque l’on parle de camouflage, les couleurs des tenues et équipements doivent effectivement être au plus proche de celles du milieux. Mais pour autant, nous pouvons nous permettre une certaine liberté dans leur sélection, la Nature elle même variant beaucoup selon la saison, les matériaux, les plantes présentes et la lumière. Tant que nous sommes dans le spectre moyen des couleurs environnantes nous arriverons à nous dissimuler, surtout en appliquant tous les critères d’un bon camouflage. Toutefois, on prendra garde à bien camoufler la couleur de notre peau si l’on est concerné, avec des accessoires comme des gants, une cagoule, un filet ou du maquillage de camouflage.

En ville, on se fondra dans la foule et rues avec des teintes neutres, classiques et passe-partout.

-Bruit :

Certainement le point le plus important à retenir, car sans indice sonore de votre présence il n’y aura aucune raison de s’inquiéter et de vous chercher des yeux. Attention aux paroles, chuchotement, bruits de pas, cliquetis de matériel, échos d’outils sur votre camp… Ou à des coups de feu au loin !

-Lumière :

De nuit, toute source lumineuse est visible de très loin. À quelle distance sont les étoiles ? Prenez garde à la lueur des cigarettes, aux lampes, à votre feu de camp… Masquez ce dernier avec des réflecteurs ou enterrez le, en faisant un feu « dakota ». Utilisez des lampes rouges de faible puissance la nuit pour être visible de moins loin et pour préserver votre vision de nuit, cette dernière permettant d’évoluer sans éclairage.

Paradoxalement, la lumière solaire peut aussi vous camoufler, lorsque le soleil est bas au lever et au coucher  : en vous postant immobile dans la nature, le soleil dans le dos, la lumière gommera votre silhouette et votre cible sera éblouie en regardant vers vous. Attention toutefois à ne pas traverser la lumière car il n’y a rien de pire pour se faire repérer qu’une silhouette coupant un instant une source de lumière naturelle ou se découpant nettement, éclairée par la lune.

-Odeur :

Les odeurs naturelles ou de synthèse charriées par l’Homme seront détectables par les animaux, et dans une moindre mesure par l’ennemi (ou ses chiens ! ). Déjections, fumée, essence, transpiration, nourriture, peintures… Dans un contexte urbain dégradé, attention aux odeurs de bonne cuisine maison si vous êtes le seul à avoir stocké de la nourriture !

-Traces :

Naturellement, pour ne pas être suivi, on prendra garde à toute trace de notre passage, nos pas, bivouac, feu, déchets… Dans le monde moderne, nous laissons énormément de traces informatiques, de transactions ou de connexions par exemple.

Comme vous le devinerez, si l’on souhaite être repéré, typiquement dans une situation d’urgence ou lorsque nous cherchons ou attendons des secours, il est possible de faire exactement l’inverse du FFOMECBLOT en créant ou accentuant tout les points décris précédemment : crier, faire de grands feux, porter du fluo, ou utiliser un miroir de signalisation pour refléter le soleil vers un pilote sont autant de méthodes connues.

Un bon camouflage :

Une démarche de camouflage efficace et durable se doit de respecter certains critères. Selon l’acronyme suivant, l’armée française rappelle qu’un bon camouflage (d’un personnel, d’un abri, de matériel, etc…) doit être…

PADE :

-Permanent, afin de durer au moins le temps de la mission, parce que si un camouflage improvisé se barre au premier coup de vent ça sera un peu dommage. Assurez vous qu’il résiste aux conditions climatique (pluie, sueur si chaleur, bourrasques…) ;

-Il doit être Adapté à la saison, à l’environnement et à la mission (été/hiver, statique/mobile, etc).

Discret. On pourrait se dire que c’est normal qu’un camouflage soit discret vu que c’est le but recherché, mais cela me permet de parler de notre discrétion de survivaliste dans d’autres contextes. Par exemple, un treillis camouflé pourrait se faire se questionner sur nos intentions un inconnu nous croisant habillé ainsi, tandis qu’une tenue civile neutre passera plus facilement. On parle de ça plus bas.

-En enfin Entretenu : les maquillages faciaux ayant besoin d’être restaurés régulièrement, tout comme une Ghillie Suit artisanale, ou le camouflage naturel d’un abri. Oui l’armée aime la redondance acronymique.

Types de tenues

On peut classer les tenues existantes selon leurs fabrications : Les camouflages 2D sont composés de motifs teints ou peints sur une surface lisse, comme sur des treillis, véhicules, matériels ou équipements.

Les camouflages 3D sont en reliefs, grâce à l’utilisation de fibres ou de feuilles synthétiques ou naturels. Les Ghillies Suits des tireurs de précisions en sont l’exemple le plus connu.

Des chatouilles ghillies, un camouflage en 3D

On peut aussi les classer selon leur origine. Les camouflages militaires sont plus ou moins polyvalents selon leurs conceptions et prévus pour différents milieux : forêts, déserts, plaines arides, villes, montagnes enneigées, etc. Il en existe énormément puisque chaque pays en utilise un ou plusieurs qui lui sont propres, le but étant de permettre la reconnaissance entre soldats et d’éviter la confusion avec l’ennemi. Cette diversité et cette disponibilité permet de s’équiper pour pas trop cher, en sélectionnant les pièces d’équipements les plus pertinentes pour son environnement et ses besoins. De plus, les treillis militaires ayant l’avantage d’être conçus pour être résistants et durables, vous en aurez pour votre argent. Le surplus français et allemand est commun et très économique.

Les camouflages les plus simples à se procurer et les plus adaptés aux forêts européennes sont probablement le CCE français, le Flecktarn allemand, le DPM anglais ou le Woodland états-uniens.

De même, les zones arides pourront être abordées de préférence avec du MTP anglais ou du MultiCam américain, voire du Tropentarn allemand ou Daguet français pour les zones les plus désertiques et sableuses.

De nombreux camouflages existent, et de petites perles méconnues peuvent tirer leur épingles du jeu, comme des camouflages russes, scandinaves, suisses, etc.

De nouvelles générations de motifs très efficaces arrivent depuis quelques années, proposée par des entreprises privées spécialisées aux armées comme aux civils, tels que les incroyables A-Tacs, Pencott, Kriptek, etc…

Les camouflages de chasse, 100% civils, sont très efficaces et ne font pas forcément militaires, mais sont parfois moins polyvalent puisque volontairement spécialisés et adaptés à un terrain précis pour d’une saison donnée : camouflage d’herbes sèches spécial marais, camouflage de forêts de feuillus en hiver… Les impressions sont souvent réalistes en reproduisant des plantes, branches et feuilles. De nombreuses marques proposent leurs propres versions de camouflages, variants en teintes, milieux, saisons, végétations…

Toutefois, on voit apparaître de plus en plus des motifs inspirés du monde militaire, à taches ou motifs plus abstraits, comme les français « Snake » de Verney-Carron , ou les « Island », « Woodland » et surtout « Furtiv » de Solognac. L’américain ASAT est également un bon exemple.

Solognac Furtiv proposé chez Décathlon, abstrait mais très bon du printemps à l’automne en sous-bois

Entre les motifs à taches, coup de pinceau, à pois, traînés, fondus, pixelisés, etc, à chacun de trouver le plus adapté à son environnement et ses besoins.

Camos du monde
Exemple des choix de camouflage selon le milieu aux USA : plaines, forêts, déserts, montagnes…

Astuces et conclusion

Enfin, je tiens à partager avec vous quelques astuces.

Tout d’abord, n’hésitez pas à panacher votre tenue, avec un pantalon et une veste de camouflages différents. En plus de visuellement vous couper en deux, et donc briser encore plus votre silhouette humaine, cela vous permettra d’encore mieux adapter votre tenue à l’environnement et la saison.

Par exemple, un bas coyote avec un haut kaki dans une foret automnale, ou un bas blanc et un haut en camouflage de chasse dans une foret de feuillus enneigée.

Concernant la neige justement, il s’agit par ailleurs de l’un des milieux dans lequel se camoufler sera le plus aisé : des vêtements civils blancs, un poncho fait d’un drap, une vieille combinaison blanche, une tenue professionnelle immaculée (peintre, cuisinier, blouse de labo…)… Plein de systèmes improvisés feront le travail. En surplus, les tenues de neige de la Bundeswher ou des Chasseurs Alpins seront de bon choix.

Pantalon de camo improvisé et home-made

Toutefois, attention au tenues composées de coton dans un milieu si humique que la neige, si vous ne voulez pas finir trempé puis congelé. Préférez des vêtements imperméables ou au moins synthétique : surpantalon déperlant, combinaison de peintre imperméable, combinaison de ski blanche…

Astuce suivante : certain camouflages seront détournables de leurs destination première. Ainsi un camouflage désert polychrome, teinté de sable, coyote, et brun pourrait convenir l’été dans une zone où l’herbe est brûlée par la chaleur, ou en automne dans les feuilles mortes. Un camouflage de chasse pour les marais fonctionnera dans les broussailles automnales.

Pour conclure cette introduction aux rudiments du camouflage, je ne peux que vous rappeler les points clefs à retenir.

Votre camouflage ne sera pas seulement visuel, c’est une pratique dans laquelle l’ensemble des sens adverses seront susceptibles de vous détecter, et en tout premier l’audition, pour les animaux comme pour l’Homme. Si quelqu’un sait que vous êtes là, il vous trouvera, quelque soit votre habileté à disparaître.

N’oubliez pas que la tenue parfaite n’existe pas, et qu’elle dépendra de l’environnement, de la saison, du moment de la journée et de la situation. Et que parfois, jouer un personnage sera plus efficace que de jouer au Rambo…

Bref, comme dans toute discipline, je ne peux que vous inviter à pratiquer et à expérimenter, puis conclure par un « vivons heureux, vivons cachés ! » de circonstance.

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