Le Revolver à Poudre Noire, arme survivaliste ?

Flammes, fumées et odeurs de soufre… S’il y a bien une arme de poing qui revient régulièrement dans les débats, c’est le revolver à poudre noire : les uns louants ses avantages tandis que d’autre dénoncent ses défauts. Alors, arme de poing ultime du survivaliste ou vulgaire pétoire obsolète ?

Le Remington 1858 New Army, un grand classique.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, présentons cette famille d’armes. Les revolvers à poudre noire actuels sont des répliques fonctionnelles des premiers révolvers, contemporains entre autre de la Guerre de Sécession et de l’époque comprise entre l’invention de l’amorce et celle de la cartouche métallique, comme nous le verrons par la suite. Ils sont les héritiers directs des poivrières, armes de poing à plusieurs canons rotatifs, et évolueront rapidement par la suite pour utiliser des cartouches à étuis métalliques. Ils devinrent ainsi les révolvers modernes, ces derniers n’ayant presque pas changés depuis l’avènement du pistolet semi-automatique au 20e siècle. Bref, passons les leçons d’histoire de l’armement pour passer à l’analyse de l’arme d’un oeil survivaliste…

Poudre noire PNF2, graisse maison, semoule, amorces 1075 et boulets de .454 pouces :
les éléments de rechargements sont communs et peu coûteux.

La particularité notable de ces revolvers réside dans leur fonctionnement : étant des répliques de nombreux modèles d’une époque sans cartouches métalliques, c’est à dire sans étuis (ou “douilles”), ils se chargent et s’utilisent comme au 19ème siècle.

Charger les balles demande un peu de poigne.

Chaque éléments d’une munition, que nous chargeons aujourd’hui d’un geste, sont de fait dissociés et il nous faudra doser et verser la poudre noire dans chaque chambre du barillet, éventuellement combler avec des bourres, siéger et sertir les balles de plombs puis les graisser, pour enfin installer les amorces sur les cheminées…

La pose des amorces est la dernière étape à réaliser avant le tir.

Un chargement lent et complexe, évidemment irréalisable en situation d’urgence. Beaucoup penserait alors conserver leur arme chargée, mais ce serait plutôt dangereux et irresponsable. Par ailleurs, gardons à l’esprit qu’un PN chargé est très difficile à décharger sans tirer…

La cadence de tir est également ralentie par une platine en simple action : le chien doit être armé manuellement avant chaque coup tiré. Toutefois cela concourt à la précision de l’arme et à sa simplicité.

Au tir, l’arme dégage une fumée caractéristique, qui faisait repérer les tireurs autrefois, contrairement aux armes à poudres modernes, justement dites “sans fumée”. Il sera d’ailleurs impossible de charger une arme à poudre noire avec une poudre moderne sans risquer de faire exploser le bazar (bien que l’inverse reste parfois faisable avec certains calibres, au fait…). Ballistiquement, un revolver à poudre noire développe à pleine charge (charge dite “de guerre”, ras-la-gueule-de-poudre) une puissance comprise entre celle d’un .38 Special et un .357 Magnum. Charger des balles rondes permet un tir plus précis qu’avec des balles ogivales, qui feront en revanche plus de dégâts.

Le typique feu d’artifice d’un tir à la poudre noire… L’odeur en moins !

Avantages

Le principal avantage que l’on peut leur accorder est sans aucun doute leur classement législatif à l’heure où j’écris ces lignes. En effet, vous n’ignoriez certainement pas que l’accès aux armes est réglementé en France, et que tout ne s’acquiert pas comme on le souhaiterais. Mais justement, étant des répliques d’armes anciennes ces revolvers sont classés en catégorie D2, soit la plus libre, de même que la poudre noire, balles et autres éléments. Cela permet à tout français majeur d’acquérir une arme de cette catégorie sans plus de formalité et de stocker jusqu’a 2kg de poudre, que l’on parle d’un tireur sportif passionné d’armes anciennes ou d’un particulier souhaitant s’armer facilement et légalement. L’autre aspect de cette particularité législative est l’absence de déclaration de l’arme aux autorités, ce qui rassurera le prepper craignant de potentielles confiscations ou restrictions de libertés à l’avenir.

On appréciera également le coût réduit de ces armes, un revolver PN pouvant souvent être deux à trois fois moins onéreux qu’un revolver moderne dans le même état (neufs ou occasions). On verra en eux un petit investissement, appréciable pour une première arme de poing ou une arme complémentaire.

Choisir son PN

Pour choisir un revolver parmi tout les modèles existants, plusieurs critères sont à considérer. Tout d’abord le calibre, les plus répandus étant le .31, le .36 (environ 9mm) et le .44 (environ 11mm). Les économies au rechargement seront inversement proportionnées au diamètre et à la puissance dévelloppée. On choisira également la conception : un revolver à carcasse ouverte, d’un style plus ancien (comme les Colt), s’entretient facilement, le nettoyage étant plus simple. Un revolver à carcasse fermée (tel un Remington) sera en revanche plus solide, et autorise le changement rapide du barillet, par exemple pour recharger six coups de plus en 10 secondes.

Le barillet d’un revolver à carcasse fermée s’ôte rapidement.
Les cheminées sont remplaçables au besoin.

De la longueur du canon dépendra comme souvent la précision, mais je vous conseillerais d’opter pour un canon court, de 5 pouces ou moins, dans le but de disposer d’une arme plus compacte et légère. Mon 1858 classique à canon de 8 pouces est bien trop encombrant pour un port aisé.

Parmi les marques, beaucoup sont italienne. Pietta sera un choix économique au bon rapport qualité-prix. Pedersoli proposera des armes plus onéreuses, d’une grande qualité, avec de belles finitions et de bonne durabilité.

Enfin, on choisira le type d’acier composant l’arme : l’acier inox résistera à la corrosion causée par la poudre noire, mais l’acier bronzé sera plus économique et plus discret. Ce dernier nécessitera en revanche un entretien plus assidu, car il peut rouiller très vite.

Outre les revolvers classique, une version compacte et dissimulable comme un Remington 1863 sera idéal pour un port discret ou pour de petites mains féminines. Ce revolver de poche en calibre .31 dispose d’un barillet de 5 coups tout de même, et sera préféré aux derringer à un coup.

Cette arme serait-elle celle de l’autonomie ?

Comme la poudre noire est composée de soufre, salpêtre et charbon, il est possible d’en produire soi-même avec peu de moyens, en produisant son charbon et en récupérant soufre et salpêtre, en sac ou à l’état naturel. On peut pousser le raisonnement jusqu’à recycler du plomb pour couler ses propres balles, utiliser des poudres inertes (comme de la semoule) comme bourre et des graisses animales ou végétales pour graisser les chambres, mais les indispensables amorces industrielles demeureront presque impossible à produire et devront êtres stockées en quantité.

De fait, sur le long terme l’arme reste tout autant dépendante du stockage de ses éléments de rechargement qu’une arme moderne.

Dans ce cas et après cette revue, dans quelles situations et préparations pourrait être utile cette arme ?

Le revolver à poudre noire étant d’une technologie ancienne, il est naturellement dépassé par les armes actuelles sur beaucoup de points. Mais dans le cadre de la constitution d’une panoplie d’armes survivaliste, ses avantages économiques et administratifs le placerait tout de même à un rôle secondaire, par exemple comme nous avons vu en tant que première arme d’un tireur débutant, qui attendrait ses autorisations de détention et souhaiterait s’entrainer au tir au revolver. De même, il pourra être stocké pour éventuellement remplacer un P.A. confisqué par un futur pouvoir anti-arme. En revanche, adopté comme arme de poing principale il sera à mon sens inadapté à une défense efficace, pénalisé par sa lenteur d’action.

Toutefois, j’identifie une situation dans laquelle ce revolver pourrait être pertinent : puisqu’il date du 19ème siècle, il pourrait s’intégrer à un mode de vie équivalent à celui du 19ème siècle. J’entends par là qu’une personne, famille ou clan survivaliste vivant sur une propriété autonome de ses productions, c’est-à-dire sur une forme de Base Autonome Durable, pourrait en organiser la sécurité intérieure après un effondrement social en mettant en place un port d’arme permanent, à la maison comme au champ. Dans ces conditions, que l’arme soit actuelle ou ancienne importera peu, et même ces antiquités pourront reprendre du service si rien de mieux n’est disponible.

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