L’EDC, mon bordel quotidien

Ou comment concevoir un EDC personnel, utile et malin.

S’il est bien un sujet longuement présenté depuis des années, débattu, mis à jour, abandonné puis recomposé, ce serait probablement celui de l’EDC. L’Every Day Carry (emport de tout les jours, littéralement), ordre en poche, TSM (Toujours Sur Moi), fond de poche, peu importe la dénomination de chacun : le concept reste souvent le même.

Vous le savez, il s’agit ici du kit soigneusement préparé et à la composition mûrement réfléchi que l’individu préparé portera au quotidien, aussi bien dans un rôle de support de ses tâches quotidiennes que comme emport “ocazou”, en cas de besoin, pour faire face à une situation sortant de l’ordinaire, voire potentiellement… de survie (eh oui, on ne parle pas de confitures ici). Cette idée de préparation à la rupture de la normalité via le port d’un EDC peut prendre diverses formes.

Ainsi, la conception de l’EDC est dépendante des activités de chacun, de ses besoins, du milieu dans lequel nous évoluons, du temps passé hors zone d’approvisionnement, etc… De fait, un EDC est PERSONNEL et c’est pourquoi un exemple donné sur internet ne sera jamais adapté à votre personne.

Toutefois, il demeure intéressant de se pencher sur ses principes de conception afin de pouvoir construire le sien facilement.

Mon EDC d’il y a quelques années : un EDC évolue et mon actuel diffère un tout petit peu…

Il sera à mon sens important de se limiter au minimum en terme d’emport, pour plusieurs raison. Tout d’abord ne pas trimbaler un barda monstre, que l’on risquerait avec le temps de laisser à la maison par fainéantise ou facilité. Ensuite, pour rester léger, et donc mobile, rapide, moins fatigable. Avoir peu de matériel réduira les dépenses, les risques de vol, perte ou casse. Enfin bref, contentons nous de l’essentiel et du VRAIMENT vital ou pouvant sauver une vie.

Conception & Préparation

Pour préparer son EDC, nous pouvons raisonner en plusieurs niveaux, du plus proche du corps ET utile, au moins accessible et régulièrement sorti. Également, j’aime travailler à l’aide de nos outils mnémotechniques de survie pour préparer un kit. Vous verrez c’est très ludique (ou autistique, mais oh tenez vous bien), nous verrons ça dans la seconde partie.

Tout d’abord, le raisonnement en couche.

Contre soi, nous trouvons vêtements et chaussures. Je veille toujours à choisir et porter une tenue qui sera adaptée à la saison et à la météo, à mes besoins, à mes activités de la journée, et qui soit pratique, confortable, résistante, durable, et avec quelques poches pour mes affaires. Pas besoin de sac pour ce minimum.

Le choix est facile et rapide car je n’ai que peu de vêtements, et ai composé avec les années presque un uniforme du Vik, variant peu sur l’année mais se composant au gré des besoins et de la température, s’épaississant avec le froid. Ainsi, le gros de l’année, en ville comme sur le terrain, je porte des chaussures de marche mi-haute, légère et confortables, me permettant de passer partout et quelque soit le temps. Un pantalon Solognac Steppe 300 (pas cher, confortable, pratique, et les anciens sont increvables, je les traînes depuis des années) me couvre les guitares 80% du temps, à moins de le remplacer par un short à poches cargos au dessus de 30°C ou un treillis félin, en cas de rando/sortie terrain. Ce futal dispose de 5 poches dont 2 cargos pour mes affaires, et est en polycoton, idéal pour un bon ratio séchage/résistance. En haut, un simple t-shirt coton TTA de l’armée française ou un t-shirt synthétique de randonnée par forte chaleur, sera recouvert au besoin par un sweat à capuche (discrétion et confort) en polycoton également ou par une polaire synthétique en sortie terrain, puis par ma softshell déperlante basique. Voilà en somme mon uniforme.

EDC niv1 glissé dans mon “uniforme” en Afrique.
Bon y’a pas besoin de 10 litres d’eau en EDC, même là bas.

Dans les poches (sur le pantalon, le reste dans ma veste), seront répartis les éléments les plus utiles et important de mon EDC : mes clefs, mon porte-feuille (un compact porte carte avec papiers, permi(s) + un minimum d’argent liquide, environ 50€), mon smartphone (appel d’urgence, lampe, cartes hors-ligne, applis diverses…), mon couteau (le vénérable DoukDouk carbone, un must-have français pour une vingtaine d’euros)..

Ce couteau (le DoukDouk) ne fait pas agressif, n’a pas de cran d’arrêt, est plutôt vieux (je l’ai depuis bien longtemps et y tiens), et à vrai dire je n’ai jamais eu de problème à le porter. Extra plat, je peux même le ranger dans mon porte-feuille en cas de besoin. Il est idéal en EDC à mes yeux.

L’Opinel pourrait être un bon couteau aussi, par sa simplicité, son faible coût et son image traditionnelle inoffensive, bien que sa virole le rende illégal au port.

Deuxième niveau, je porte très souvent un sac à dos basique et passe-partout, noir, civil, urbain, pas cher et costaud (un bon vieux Quechua de prolo, d’un modèle oublié). Le volume idéal d’un sac pour une journée sera entre 15 et 30 litres selon moi. Ce sac m’accompagne en cas d’une sortie en dehors de chez moi, quand je m’absente un moment.

Mon bon vieux sac. Cheap mais civil, discret et solide.

Il contiendra des éléments jugés moins prioritaires, portés “ocazou” (el famoso ocazou), mais pourtant parfois vitaux : une lampe tactique à batterie (éclairage, défense) ou une frontale (éclairage et soins médicaux d’urgence), un TraumaKit déployé en vrac dans une poche latérale (pour un accès rapide au garrot ou au pansement compressif) + une petite trousse bobologique, la même qui m’accompagne toujours en rando ou sur le terrain, un briquet (souvent Bic ou Clipper), et un stylo.

Bien souvent, je m’ajoute un litre d’eau, pour une sortie à la journée ou à la demi journée, dans une gourde ou une bouteille plastique récupérée (plus léger). Parfois, un multitool, une lacrymo et du gel hydro-alcoolique se glissent en complément, selon envie, besoin, disponibilité et environnement.

Ces deux niveaux, sur moi et avec moi, me permettent une grande flexibilité et mobilité, tout en étant l’organisation la plus versatile et pratique que j’ai trouvé à ce jour. Il s’agit surtout du système le plus simple.

En cas de besoin, je peux me passer de sac, ou au contraire le complémenter avec des éléments occasionnellement nécessaires pour une “mission” spécifique.

Deuxième partie, un raisonnement en modules.

Ces modules, cloisonnés mais inter-connectés, abordent différentes thématiques de survie, risques, et besoins. Voici les différents modules auxquels réfléchir, tout d’abord avec la sacro-sainte…

Règle des 3 :

3 secondes sans vigilance

Ce module est probablement le plus léger, puisqu’il s’agit, de votre comportement, de votre état d’esprit, de votre concentration (au volant par exemple)… Vous serez pleinement conscient de ce qui vous entoure, analyserez votre environnement, détecterez les menaces potentielles et les individus au potentiel de nuisance. Suivez votre instinct, observez, servez-vous de votre caboche. Si ça ressemble à un danger, c’en est un.

3 minutes sans oxygène

Premier élément matériel et premier élément “en K de KK”, le matériel sanitaire, ou plus précisément et pertinemment une trousse de soin minimaliste adaptée aux urgences extrêmes devrait faire partie de notre emport quotidien. Souvent surnommée TraumaKit désormais, elle sera composée uniquement du vital et de ce qui permettra de faire face à l’urgence absolue. En tant que citoyen, monsieur/madame tout-le-monde, nous sommes CONSTAMMENT en première ligne de l’accident, d’autant plus en milieu urbain, sur la route, et dans certaines activités (chasse, tir, etc). En cas d’accident, pompiers ou SAMU ne seront là que dans 5/10/15 minutes, d’ici là nous seront livrés à nous même.

En complément d’une formation de base au secourisme, on prévoira de quoi intervenir en cas d’hémorragies massives. Pourquoi seulement sur les hémorragies ? Tout d’abord parce que nombre d’urgences ne nécessites pas ou peu de matériel pour pouvoir faire quelque chose : malaise, perte de connaissance, arrêt cardio-respiratoire, obstruction des voies aériennes, brûlures… Tout cela est gérable avec seulement votre formation et pas grand chose. De plus bas niveau, toute la bobologie ne nécessitent pas forcément de prévoir une trousse en EDC. Même si personnellement je porte constamment une trousse bobologique en EDC en plus du TraumaKit, vous pourriez très bien vous contenter du minimum.

Donc : 1 Garrot, 1 Pansement Compressif, 1 paire de gants.

En bonus, si besoin : 1 Pansement occlusif thoracique, 1 masque à B à B, 1 marqueur, 1 lampe frontale, 1 paire de ciseau d’urgence.

3 heures sans régulation thermique

Module suivant, la protection contre les éléments. Nous avons vu les vêtements et chaussures plus haut, et bien souvent tout cela me suffit. Dans un environnement offrant naturellement des abris contre les éléments, nul besoin de tarp par exemple, un EDC n’est pas un sac d’évacuation. Toutefois, il serait possible voire judicieux de prévoir un poncho ou une veste de pluie compact dans son sac, si la météo risque de ne pas être clémente. Pour moi, cet élément volumineux n’est pas prioritaire dans ma situation.

Le sujet de la régulation thermique doit également permettre d’aborder communément le sujet du feu, de l’abri, de l’insolation, etc etc… beaucoup de problématique éloignées des nôtres aujourd’hui si vous ne passez pas vos journées en pleine nature, mais qui ont leurs importances. Si perso j’ai parfois un briquet et du gel alcoolique (feu, réchaud artisanal) comme présenté plus haut, le reste est passable.

3 jours sans eau

Et enfin (nous n’irons pas plus loin dans la règle des 3 pour le sujet de l’EDC), l’importance de l’eau. Comme présenté plus haut, un litre d’eau claire m’accompagne souvent. Au delà de l’hydratation, elle peut toujours servir pour rincer une plaie ou brûlure, se laver les mains… Dans ces considérations quotidiennes et pré-effondrements, nul besoin de système de purification ou de filtration de l’eau. En ville comme en village, l’eau potable est partout, vous pourrez vous réapprovisionner quand bon vous semblera sans devoir boire la Seine.

La règle des 5 C

Système plus simple et uniquement matériel, la règle des 5 C se concentre sur 5 objets ou 5 catégories, propres à assurer une certaine résilience. Détournable en règle des 10C ou 36C si vous le souhaitez, peu importe, je préfère me centrer sur l’essentiel. Voyons si mon EDC est 5C compatible.

Couper. Personnellement ma lame de choix est mon DoukDouk, présenté plus haut. On ne fait pas mieux en terme de compacité, robustesse, rapport qualité/prix.

Un pliant d’exception, pratique, durable et pas cher. Son tranchant au carbone est redoutable

Contenir. Sac à dos, gourde… Portefeuille, poches, beaucoup de contenants !

Couvrir. Point faible de cet EDC, pas prévu pour survivre en autonomie bien longtemps. Pas de poncho ni de couverture au quotidien dans la rue, je ne suis pas encore SDF.

Combustion. Briquet + alcool, que dire de plus ? On est bon.

Corde. Second point faible. Pourquoi ce manquement ? J’ai porté de la ficelle en EDC bien longtemps, comme plein d’autre articles, en enayant presque jamais besoin, comme plein d’autres articles. Aujourd’hui, c’est zéro. Ceinture, lacets, garrots, lanières de sac à dos, pourront dans le pire des scénario me dépanner.

CCVMD

Acronyme développé par notre CEETS national, il rassemble nos facultés physiques naturelles à préserver et protéger, pour espérer rester vivant. Pour s’en rappeller : “ça, ça vaut mille dollars”.

Conscience. Rappel des 3 secondes sans vigilance. Préservation de l’état de conscience : Traumakit, etc…

Communication. Possibilité de s’exprimer, lien sociaux, contacts joignable… En système matériel : le téléphone bien sûr, pour pouvoir alerter, s’informer. Prévoir câble et powerbank si vous bougez un moment, les moyens trans’ sont à préserver !

Vision. En plus de la lampe tactique et de la frontale en EDC, pensez au sérum phy’ dans la trousse bobologique pour rincer vos yeux (voire à du décontaminant lacrymogène pour certaine circonstances) , ainsi qu’à des lunettes de soleil si vous êtes sujet à être gêné par la luminosité.

Mobilité. Sans mobilité, sans moyens de fuir, de traverser la ville ou la région, vous êtes bloqué voire mort dans le pire des scénarii. Chaussures capables, voiture, vélo, argent pour un transport, cartes… (“Tu veux que je viennes à Colmar pour que tu me casses les jambes ? Je vais venir, mais avec des amis sérieux hein tu me connais” – exemple du pouvoir de la mobilité)

Dextérité. J’eu des gants en EDC par le passé. Je devrais les conserver, pour préserver mes mains : accident de la route, de transport, agression, grand froid… Aujourd’hui je ne les prends plus qu’occasionnellement, selon le besoin.

Évolution

Comme vu tout au long de cet article, un EDC est personnel, et sa construction dépendra d’une multitude de facteur. Le votre sera sans doute bien différent, plus concis ou au contraire plus complet.

Comme le BOB, l’EDV ou une infinité de kits, systèmes, préparations diverses, son organisation et sa composition évoluera très certainement avec le temps, au gré de vos essais, problème rencontrés, expériences faites. Un outil jugé utile un jour s’avéra le lendemain incomplet, fragile, gadget, lourd ou peu pratique. Une situation pourra vous faire vous apercevoir qu’il y a un gros trou dans votre préparation, un gros manquement qui vous causera préjudice. Mais seul l’expérience et le port quotidien fera avancer le shmilblik. Tester, porter, et faites évoluer votre EDC. Et ne le laissez pas à la maison !

Survivalistiquement votre.